L’histoire de Chamarel, du domaine de Chazal au géoparc
L’histoire de Chamarel se résume ainsi : une concession de terres aux frères de Chazal de Chamarel en 1785 ou 1786, une sucrerie en activité jusqu’en 1897, des hauteurs où se sont installés des esclaves affranchis après l’abolition de l’esclavage en 1835, puis l’essor du tourisme à la fin des années 1960, lorsque les terres de couleur sont devenues une lieu de visite. La culture du café a été relancée dans les années 1960, la Rhumerie de Chamarel a ouvert en 2008 et ONU Tourisme a inscrit le village parmi ses Best Tourism Villages en 2025. Les sources divergent sur plusieurs dates ; cette page présente les deux versions dans chaque cas.
Lire le guide
La famille de Chazal de Chamarel et le premier domaine
L’histoire documentée de Chamarel commence avec les frères de Chazal de Chamarel, Toussaint-Antoine et Charles-Antoine, nés sur l’île en 1770 et 1772, qui ont acquis dans les années 1780 un domaine appelé Le Nuage auprès de leur beau-père, le notaire Jean Louis Lousteau.
Les sources divergent sur les détails. Selon les archives familiales, les terres ont été transmises aux deux frères en 1785 par un legs de Lousteau, le premier colon à s’y être établi. Le récit du géoparc mentionne quant à lui une concession de 625 acres accordée en 1786 aux fils de François de Chazal de la Genesté. Charles-Antoine s’y est installé vers 1793, a abattu des arbres pour en exploiter le bois et s’est essayé à la culture du café, de l’indigo, du coton et de la canne à sucre. Il a épousé Marie Anne Augustine de Saint-Félix en 1799 et a eu six filles, avant de partir pour la France sans jamais revenir. Les sources divergent sur l’année de son départ : 1810 ou 1815.
Un récit populaire ne résiste toutefois pas à l’examen des sources. Aucun document ne situe à Chamarel Matthew Flinders, le navigateur britannique détenu à Maurice pendant les guerres napoléoniennes ; il était détenu sur parole au domaine Le Refuge de la famille d’Arifat, près de Mare aux Vacoas.
Le sucre sur les hauteurs jusqu’en 1897
La canne à sucre a été broyée à Chamarel du milieu du XIXe siècle jusqu’en 1897, année de la fermeture définitive de l’usine.
La construction de la première usine est datée soit d’environ 1845, lorsque Marie Amélie, la fille de Charles-Antoine, est revenue au domaine et l’a fait bâtir, soit de 1860, après la vente des terres en 1844 et leur rachat en 1852 par le mari d’Amélie, Amédée Perrot. En 1872, le domaine s’étendait sur 2 949 acres, dont 450 consacrés à la canne à sucre. Amélie a quitté Chamarel en 1875 et est décédée un an plus tard dans un couvent à Port Louis.
Le domaine a été vendu en 1891 à The Mauritius Estate & Assets, qui a rénové l’usine en 1894 avant d’en arrêter l’activité en 1897. Sa cheminée, dernier vestige, se dresse encore sur le domaine de La Vieille Cheminée, aujourd’hui une ferme avec des écolodges au bord de la B104. En 1961, la Compagnie Sucrière de Bel Ombre a acheté Chamarel en même temps que Case Noyale, intégrant ainsi ces hauteurs au domaine de Bel Ombre, auquel a succédé la société Agrïa.
Marrons, esclaves affranchis et Valley of Blacks
L’isolement de Chamarel a façonné son peuplement : coupée du reste du sud par des sommets, la vallée abritait des esclaves en fuite, appelés marrons. Après l’abolition de l’esclavage en 1835, elle est devenue un lieu où des personnes affranchies ont choisi de s’établir.
Certains habitants l’appellent Valley of the Blacks, et le surnom Valley of Blacks lui a été donné par des esclaves affranchis, comme le rapporte la présentation du village publiée par ONU Tourisme en 2025. Chamarel et Le Morne sont deux villages marrons et de rares symboles de l’autodétermination créole. L’UNESCO documente la présence de communautés marronnes autour de Le Morne Brabant tout au long du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle.
Ce même isolement a eu d’autres conséquences. La vallée abritait un commerce illicite d’alcool et de cannabis, et l’on y distillait clandestinement un alcool de canne brut appelé tilambik. Durant les privations de la Seconde Guerre mondiale, les familles pratiquaient la cueillette et la chasse et moulaient le maïs à la main. La légende de Madame Bell, dont les cloches fantomatiques sont associées aux esprits des personnes réduites en esclavage, est elle aussi liée à ces hauteurs. Les liens avec l’extérieur se sont établis progressivement, avec la construction de la route montant de Case Noyale au XIXe siècle, puis l’arrivée, vers 1900, d’une ligne téléphonique à la demande de Thomi Pitot.
Le café, des premiers planteurs à la récolte de 1970
La culture du café à Chamarel a connu deux périodes : d’abord avec Charles-Antoine de Chazal dans les années 1790, puis depuis sa relance dans les années 1960, qui a donné une première récolte d’arabica en 1970.
Le café est arrivé à Maurice en 1715, avec l’introduction de caféiers de Moka par Guillaume Dufresne. Sa culture a été relancée par la compagnie sucrière de Bel Ombre. Cette reprise est datée soit de 1961, lorsque la compagnie a repris Chamarel et Case Noyale, avec l’installation d’une unité de séchage et de torréfaction à Case Noyale en 1967, soit de 1967 même, sous l’égide de Case Noyale Ltd et avec l’aide d’Oswald du Chasteleer, qui avait cultivé du café au Congo belge. La première récolte d’arabica a eu lieu en 1970.
La plantation est toujours exploitée aujourd’hui. Située à 280 m d’altitude, à côté du géoparc, elle produit un café récolté à la main de mai à juillet et accueille les visiteurs pour des visites guidées à 09:00, 11:00, 13:00 et 15:00. Le tarif vérifié le 29 octobre 2026 était de Rs 1 000 pour un adulte non-résident. Sa superficie est indiquée tantôt à 12 ha, tantôt à 16 ha.
Comment les terres de couleur sont devenues un lieu de visite
Les terres de couleur ont été mentionnées pour la première fois lors d’une séance de la Royal Society of Arts and Sciences of Mauritius le 26 novembre 1879, et sont devenues un site de visite à la fin des années 1960.
L’historique du géoparc fait remonter les premières visites touristiques à 1960 et indique que le site façonne l’identité de Chamarel depuis la fin des années 1960. Une photographie du site datant de cette décennie est conservée dans les archives.
L’histoire humaine a elle aussi façonné l’aspect des dunes. L’étude publiée en 2010 par Sheth, Johnson et Ollier dans le Journal of African Earth Sciences attribue les couleurs à l’altération du basalte en oxydes de fer, et les rigoles à l’érosion survenue après le défrichement de la forêt environnante. Les archives du domaine de Bel Ombre ajoutent que la zone avait été défrichée avant qu’une violente tempête n’emporte la couche superficielle du sol.
Le prix de la visite a fortement augmenté. Un adulte payait entre Rs 200 et Rs 250 en 2018 et 2019, tandis qu’un adulte non-résident paie Rs 800 selon le tarif officiel vérifié le 29 octobre 2026.

La Rhumerie de Chamarel depuis 2008
La Rhumerie de Chamarel a ouvert ses portes en 2008, et sa récolte de canne de 2026 était la 18e depuis son ouverture.
La famille Couacaud a acheté le Domaine de l’Exil en 1996 et a décidé en 2008 d’y construire une distillerie produisant du rhum exclusivement à partir du jus de sa propre canne, cultivée sur environ 220 ha. L’entreprise, L’Exil Ltée, est dirigée par les deux frères aînés, et le bâtiment, conçu par l’architecte Maurice Giraud, associe le bois, la pierre et l’eau. La date de 1996 parfois associée au rhum correspond à l’achat des terres, et non à la première distillation.
La production légale de rhum a aussi tourné une page plus ancienne. Le Tilambik, cet alcool de canne clandestin qui faisait autrefois vivre de nombreuses familles, a cédé la place au rhum raffiné que l’on déguste aujourd’hui à la Rhumerie.

Le géoparc et le village aujourd’hui
Aujourd’hui, les terres de couleur sont exploitées sous le nom de Chamarel 7 Coloured Earth Geopark. Ce site de 8,5 ha, qui se présente comme le premier géoparc de Maurice, est géré par ER Hospitality, la branche loisirs d’ER Group, connue jusqu’aux environs de 2025 sous le nom de Rogers Hospitality.
Le géoparc ne précise pas publiquement à qui appartiennent les terrains sur lesquels se trouvent les dunes, ni à quelle date exacte l’exploitant actuel a repris le site. La préservation de la nature s’est développée parallèlement au tourisme : depuis 2009, la Mauritian Wildlife Foundation et le géoparc éliminent les plantes envahissantes et plantent des espèces indigènes, tandis qu’Ebony Forest restaure la forêt indigène à proximité depuis 2006.
La liaison routière directe avec la côte ouest a été interrompue en septembre 2021, lorsqu’une partie de la B104 entre Case Noyale et le village a fermé pendant environ un an pour des travaux liés aux glissements de terrain et à la stabilisation des talus. Début décembre 2022, le tronçon reconstruit de 1,4 km avait été inauguré par le Premier ministre Pravind Jugnauth. Le 17 octobre 2025, ONU Tourisme a classé Chamarel parmi ses 52 meilleurs villages touristiques.
Chronologie de l’histoire de Chamarel, avec les dates qui font débat
Cette chronologie de l’histoire de Chamarel présente les dates clés dans l’ordre, en indiquant les autres dates avancées lorsque les sources divergent.
| Année | Événement | Divergences entre les sources |
|---|---|---|
| 1715 | Le café arrive à Maurice | Aucune |
| 1785 ou 1786 | Les frères de Chazal de Chamarel acquièrent les terres | 1785 dans les archives familiales, 1786 dans le récit du géoparc |
| Vers 1793 | Charles-Antoine s’installe et plante du café, de l’indigo, du coton et de la canne à sucre | Aucune |
| 1810 ou 1815 | Charles-Antoine part pour la France | 1810 ou 1815, selon les sources |
| 1835 | L’esclavage est aboli et des personnes affranchies s’installent dans la vallée | Aucune |
| Vers 1845 ou 1860 | La première usine sucrière est construite | Vers 1845 ou 1860, selon les sources |
| 1876 | La chapelle Sainte-Anne est construite | L’église paroissiale elle-même est datée de 1971 |
| 1879 | Les terres de couleur sont mentionnées par la Royal Society of Arts and Sciences | Aucun |
| 1891 à 1897 | Le domaine est vendu, sa sucrerie est rénovée en 1894 puis fermée en 1897 | Aucun |
| Vers 1900 | Une ligne téléphonique relie Chamarel au reste de l’île | Aucun |
| 1961 | La compagnie sucrière de Bel Ombre achète Chamarel et Case Noyale | Aucun |
| Années 1960 | La culture du café reprend, avec une première récolte d’arabica en 1970 | Reprise datée de 1961 ou de 1967 |
| Fin des années 1960 | Le site des terres de couleur s’ouvre aux visites | Le géoparc situe également les premières visites touristiques en 1960 |
| 2006 | Les travaux de restauration commencent à Ebony Forest | ONU Tourisme indique 2017, année de l’ouverture du centre d’accueil des visiteurs |
| 2008 | La Rhumerie de Chamarel ouvre ses portes | La date de 1996 est également évoquée. Elle correspond à l’achat du domaine |
| 2021 à 2022 | La B104 depuis Case Noyale ferme pendant environ un an et est reconstruite | Aucun |
| 2025 | ONU Tourisme classe Chamarel parmi les meilleurs villages touristiques | Aucun |
Les questions que l’on se pose
À qui Chamarel doit-il son nom ?
Chamarel doit son nom à Charles Antoine de Chazal de Chamarel, né sur l’île en 1772, qui a acquis les terres avec son frère aîné Toussaint-Antoine auprès de leur beau-père, Jean Louis Lousteau, en 1785 ou 1786. Charles-Antoine s’est installé sur le domaine vers 1793 et y a cultivé du café, de l’indigo, du coton et de la canne à sucre avant de partir pour la France en 1810 ou 1815, les sources divergent. Le village a conservé le nom de la famille après la vente des terres.
Quand Chamarel a-t-il été fondé ?
Chamarel n’a pas de date de fondation unique. Les terres sont passées aux mains des frères de Chazal de Chamarel en 1785 selon les archives familiales, ou leur ont été concédées en 1786 selon le récit du géoparc, et Charles-Antoine de Chazal s’y est installé vers 1793. Le village s’est développé au XIXe siècle autour d’un domaine sucrier, et des personnes affranchies se sont installées sur la colline après l’abolition de l’esclavage en 1835.
Pourquoi Chamarel porte-t-il le surnom de Valley of Blacks ?
Chamarel est surnommé Valley of Blacks, ou Valley of the Blacks, en raison de son histoire de refuge et de lieu de vie pour les personnes réduites en esclavage. Des esclaves affranchis ont donné ce surnom au village, comme l’indique la fiche d’ONU Tourisme publiée en 2025. Cette vallée isolée a abrité des marrons, c’est-à-dire des esclaves en fuite, et est devenue un lieu d’installation privilégié après l’abolition de 1835. Certains habitants utilisent encore ce nom aujourd’hui.
Matthew Flinders a-t-il séjourné à Chamarel ?
Non. Aucun document n’atteste la présence de Matthew Flinders à Chamarel. Le navigateur britannique, retenu à Maurice pendant les guerres napoléoniennes, a été assigné à résidence au Jardin Despeaux, puis placé en liberté sur parole au domaine Le Refuge de la famille d’Arifat, près de Mare aux Vacoas, comme le précise la Société de l’Histoire de l’île Maurice. Le récit le reliant à Chamarel circule sans preuve documentaire.
Quand le site de Seven Coloured Earth est-il devenu une lieu de visite ?
Le site de Seven Coloured Earth est devenu une lieu de visite dans les années 1960. Il a été mentionné pour la première fois lors d’une séance de la Royal Society of Arts and Sciences of Mauritius le 26 novembre 1879. Le géoparc situe les premières visites touristiques en 1960 et l’ouverture du parc à la fin des années 1960. Une photographie de cette décennie est conservée dans les archives.
Quand la Rhumerie de Chamarel a-t-elle ouvert ses portes ?
La Rhumerie de Chamarel a ouvert ses portes en 2008, et sa récolte de 2026 était sa 18e. La famille Couacaud a acheté le Domaine de l’Exil en 1996 et a décidé, en 2008, de construire une distillerie produisant du rhum exclusivement à partir du jus de sa propre canne, cultivée sur environ 220 ha. La date de 1996, également évoquée, correspond au changement de propriétaire du domaine, et non au début de la distillation.
Reste-t-il quelque chose de la sucrerie de Chamarel ?
Il ne reste de la sucrerie de Chamarel que sa cheminée, qui se dresse sur le domaine La Vieille Cheminée, aujourd’hui une ferme avec des écolodges sur la B104. La sucrerie a été construite vers 1845 ou en 1860, les sources divergent, puis rénovée en 1894 par The Mauritius Estate & Assets et fermée en 1897. La canne est toujours cultivée sur les versants, et la Rhumerie de Chamarel transforme aujourd’hui sa propre canne en rhum.
Découvrez le village aujourd’hui
La page consacrée au village présente l’église Sainte-Anne, la foire de juillet, les habitants de Chamarel et les informations pratiques pour préparer votre visite.
